Comment se libérer d’une société de plus en plus restrictive dont les directives empiètent sur notre liberté individuelle ? En voila une bonne question en pleine période de reconfinement !

C’est simple : « Changes-toi et tu changeras le monde. » Voici l’avis des spécialistes :

1 -Se changer soi-même

Une première étape du changement consiste, me semble-t-il, à s’occuper de soi-même. Si je dis cela, c’est peut-être parce que je suis psychiatre*, non agriculteur ou politicien. Il est fondamental de s’occuper de soi-même non par nombrilisme ou par égoïsme, mais pour protéger et restaurer ce qui fait notre humanité : notre intériorité. Et cette intériorité est menacée par une certaine forme de modernité.

Ainsi, plus nous devenons des consommateurs, des machines à acheter, à suivre la mode, à regarder la télé ou d’autres écrans, moins nous sommes humains… Et moins nous sommes humains, plus nous devenons une menace pour les autres humains et pour la terre tout entière. Telle est ma conviction.

Mon propos peut ressembler à une critique en règle de la vie moderne. Tout n’est pourtant pas problématique dans la modernité : pour ne donner qu’un petit exemple, sans les innombrables avantages du progrès, la rencontre qui a donné naissance à ce livre n’aurait pu se dérouler.

La question n’est donc pas ici de dénoncer, de dénigrer, de jeter aux orties la modernité et le progrès, car nous vivons une époque passionnante et merveilleuse, mais bien plutôt de réfléchir à ce que pourrait être un bon usage, un usage prudent et surtout exigeant, de nos conditions de vie moderne.

L’urgence de ces changements, une urgence comme il n’y en a jamais eu encore dans l’histoire de l’humanité, ne fait pas de doute. « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots », nous prévenait déjà Martin Luther King dans son dernier discours, quatre jours avant son assassinat.

Il est fondamental de s’occuper de soi-même non par nombrilisme ou par égoïsme, mais pour protéger et restaurer ce qui fait notre humanité : notre intériorité.

* Christophe ANDRÉ. Médecin Psychiatre, il est l’un des premiers à avoir introduit la méditation en psychothérapie, à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris.

2 – L’impact du matérialisme

Parmi toutes les menaces qui pèsent sur notre destin et sur la nature qui nous entoure, j’ai choisi de présenter ici quelques travaux qui montrent l’impact du matérialisme sur les gens – ceux que je suis amené à soigner, ceux que je suis amené à côtoyer –, sur mes proches et sur moi-même. Ces travaux ont aussi l’avantage d’être intimement liés à chacun de nos gestes quotidiens, ce qui nous donne autant d’occasions d’agir, comme on le verra en fin d’ouvrage.

La pollution matérialiste

On peut légitimement se demander si, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les progrès technologiques ne vont pas finir par engendrer plus de problèmes que de solutions.


On sait par exemple aujourd’hui que plus une société ou un individu est matérialiste, plus il s’éloigne du bonheur. Attention, en psychologie, le mot « matérialisme » n’a pas le même sens que chez les philosophes : il s’agit de la démarche qui nous conduit à privilégier des valeurs matérielles comme l’argent, le statut social ou la possession, au détriment d’engagements plus immatériels comme le partage, la spiritualité, l’équilibre intérieur, etc.

Il existe une multitude de travaux scientifiques qui montrent tous que le matérialisme entraîne de la souffrance, contrairement à ce qu’essaie de nous faire croire une société qui nous incite à consommer pour être plus heureux.

Car si les publicités sont efficaces, c’est parce qu’elles nous vendent des promesses de mieux-être, et non des canapés, des voitures ou des vêtements. Or, nous savons désormais avec certitude que ces achats n’entraînent une amélioration du bien-être, qui n’est que transitoire, du fait de l’habituation hédonique.

Qu’est-ce que l’habituation hédonique ?

C’est la tendance à rechercher le plaisir et à éviter la souffrance, cette capacité que nous avons à oublier de nous réjouir d’une source de bonheur si elle est là tous les jours.

Tout comme une personne valide considère qu’il est normal de pouvoir marcher sur ses deux jambes et oublie que c’est un bonheur et une grâce… jusqu’au jour où elle se fracture une cheville.


Tim Kasser, professeur de psychologie aux États-Unis a publié de nombreux articles scientifiques sur l’impact du matérialisme galopant dans notre société.

Face au mal-être contemporain, à la crise de sens, aux désastres économiques et écologiques, Christophe André, Jon Bakat-Zinn, Pierre Rabhi et Matthieu Ricard tentent de trouver des réponses concrètes. Après avoir discuté, dialogué, échangé, chacun a écrit un chapitre, fruit de son expérience. On ne peut séparer l’individu et le collectif. C’est en se changeant soi-même que l’on changera le monde.


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