Être à la mode peut avoir un coût, et pas seulement financier, en témoignent les “oignons” aux pieds des porteurs de poulaines, ces chaussures pointues portées par certaines personnes à la fin du Moyen Âge.

Le port de poulaines, des sortes de chaussures à grande pointe, a connu un véritable engouement à la fin du Moyen Âge, entre le XIVe et le XVe siècle. Portées par les hommes autant que par les femmes, ces chaussures n’étaient pas très confortables (certaines pouvaient mesurer jusqu’à cinquante centimètres de long). Et forcément, elles ont laissé des traces.


La grande classe au Moyen Âge

Dans le cadre de récents travaux, une équipe d’archéologues s’est penchée sur plusieurs ossements du pied conservés dans quatre lieux de sépulture près de Cambridge, en Angleterre. Ils ont examiné des squelettes enterrés entre les XIe et XIIIe siècles et les ont comparés à des restes datant des XIVe et XVe siècles.

Les résultats, publiés dans l’International Journal of Paleopathology, ont souligné un hallux valgus chez un quart des individus du second groupe. Il s’agit d’une déviation latérale du gros orteil. On observe encore ce phénomène aujourd’hui avec le port de chaussures à talons hauts et à bouts étroits. À l’inverse, seuls 6% des premiers individus présentaient de tels signes.

“Nous avons été surpris de voir une différence si nette dans la fréquence de l’hallux valgus à la fin du Moyen Âge par rapport aux époques antérieures”, a déclaré Piers Mitchell, archéologue à l’Université de Cambridge.

En outre les chercheurs ont constaté les personnes âgées souffrant d’un hallux valgus présentaient également davantage de signes de fractures comparées à celles du même âge qui avaient des “pieds normaux”.

“Cela correspond aux études modernes suggérant que les personnes souffrant d’un hallux valgus font plus de chutes“, ajoute le Dr Mitchell.

Principalement chez les élites

Sur la base de ces restes squelettiques, les chercheurs ont également pu tracer des tendances démographiques en fonction de l’endroit où les individus ont été enterrés.


Ces restes provenaient d’un hôpital caritatif, d’un ancien couvent, d’un cimetière paroissial et d’un lieu de sépulture rural. Une majorité (environ 43%) des “oignons” ont été décelés chez les personnes enterrées dans le couvent, qui abritait des gens riches et des membres du clergé. Dès 1215, l’église avait pourtant interdit aux membres du clergé de porter des chaussures pointues, relève Gizmodo.

Ce constat soutient l’idée que les poulaines étaient très portées parmi les élites, mais pas que. Certaines personnes enterrées à l’hôpital caritatif présentaient également de tels signes (près d’un quart). Or, la structure aurait été érigée pour abriter les défavorisés et les personnes fragiles. Enfin, les “oignons” n’ont visiblement touché que 10 % des travailleurs pauvres du cimetière paroissial principal et seulement 3 % des personnes du cimetière rural.

“C’est un excellent exemple de la façon dont la mode peut avoir des conséquences indésirables sur la santé d’une personne“, note le chercheur.

“Il serait fascinant de voir si les tendances des chaussures dans d’autres parties du monde montrent des changements similaires dans les populations passées“.

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