Des enfants moins communicatifs, plus de difficultés langagières, problème de reconnaissance: une enquête menée auprès de 600 professionnels de la petite enfance pointe les conséquences du port du masque.

Anna Tcherkassof est docteur en psychologie, enseignante-chercheuse et spécialiste de la communication non-verbale. Elle a dirigé une enquête sur les effets du port du masque sur les pratiques professionnelles en lieux d’accueil collectif, aux côtés de Marie-Paule Thollon-Behar, psychologue du développement, docteur en psychologie et formatrice petite enfance, Marie-Hélène Hurtig, puéricultrice et formatrice et Monique Busquet, psychomotricienne-formatrice.


L’enquête reposait sur un questionnaire destiné aux professionnels de la petite enfance souhaitant y répondre, afin de définir :

Comment il ou elle se comportait par rapport au masque (quand est-ce qu’il/elle l’enlevait, par exemple) ?

Ainsi que 3 questions à réponse ouverte :

– Faire part des réactions des enfants qu’il ou elle voyait avec le port du masque permanent.
– Témoigner de ce qu’il ou elle pouvait observer chez les enfants lorsqu’il/elle devait enlever le masque.
– Témoigner sur l’utilisation du masque inclusif.

Cette enquête a été publiée sur le site  Les pro de la petite enfance, et a recueilli près de 600 témoignages. Anna Tcherkassof explique :
« C’est un gros échantillon. Bien sûr, ce sont les témoignages de ces professionnels, mais on est assez confiantes de ce qui est rapporté, on a des observations très fines, pointues, nous avons un matériau solide. »

Mais alors, quelles sont les premières conclusions de cette étude? Tout d’abord, il est à noter qu’1 quart des professionnels disent ne pas observer de réactions des enfants qui soient significatives. Pour les 3 quarts restant, ils.elles ont observé plusieurs comportements, avec le port du masque mais aussi aux moments où ils le retirent.

Des conséquences socio-affectives et langagières

Lors du port du masque, les réactions des enfants rapportées par les professionnels de santé sont :
Des conséquences socio-affectives: les professionnels ont observé que les enfants sont moins souriants, ils sont plus impassibles, ils ont moins de réactions affectives qu’ils n’ont habituellement.
Les professionnels remarquent des difficultés au niveau de la communication et des interactions langagières. Lorsque les enfants écoutent, ils regardent aussi beaucoup la bouche, car ils ont besoin de voir comment les mots sont articulés. N’ayant pas ces modèles d’imitations, certains enfants ont des problèmes pour prononcer des mots.
Dans l’articulation des sons, il n’y a pas que le langage en tant que tel. Les interactions où il y a les échanges -aux moments des histoires, chants, etc- sont aussi des moments de socialisation qui sont importants pour les enfants, et dont ils sont en partie privés.
Lorsque le masque est retiré


Fait intéressant dans l’enquête, les professionnels décrivent aussi les comportements des enfants lorsqu’ils retirent le masque (pendant les comptines, le biberon, la sieste, pour boire, lorsque l’enfant pleure, etc) :
On peut observer que les enfants eux-mêmes cherchent à enlever le masque: les bébés par exemple, tirent dessus au moment du biberon. Les plus grands questionnent « pourquoi tu portes toujours ton masque ? / est-ce que tu peux enlever ton masque ? »

Au moment où le masque est retiré, il y a des réactions fortes: les enfants se mettent à sourire, l’interaction revient. Au niveau du langage aussi, lorsque le masque est enlevé par exemple lors d’une histoire, les enfants sont davantage investis, concentrés, ils essayent plus de reproduire les sons, les chants, etc.
Le masque inclusif : peu satisfaisant

Le masque inclusif permet de voir la bouche mais empiète beaucoup sur le visage et s’embue très vite, il n’est pas la solution que beaucoup espérait, témoignent les professionnels interrogés dans l’étude.

La question de la reconnaissance

La question de la reconnaissance de l’identité des personnes est soulevée par certains professionnels de la petite enfance. En effet, au moment où le masque est retiré, un certain nombre d’enfants restent interloqués, fixent la bouche, ont un temps d’arrêt avant de reconnaitre l’adulte.

Pour les bébés qui sont nés pendant le Covid et n’ont connu que le visage masqué, lorsque l’adulte enlève son masque, certains ont des réactions fortes, s’alarment, pleurent, etc. On peut donc aussi se poser la question des processus de construction de l’identité, du visage, chez ces enfants, qui pour certains peuvent rester jusqu’à 50 heures par semaine en lieu d’accueil.

Marion Cousin
La Maison des Maternelles


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