Oubliez les applis de foodtech qui vous proposent de compter vos calories mais qui ne fonctionnent pas très bien : le régime alimentaire du futur pourrait bien être un mélange entre analyses ADN et Intelligence Artificielle.

Efficace et d’une pertinence redoutable. En gros, vous pourriez fort bien, demain, être conseillés par des « coachs » virtuels, des algorithmes qui analyseraient (suite à un test ADN) les interactions entre votre métabolisme et les nutriments que vous ingérez, afin de déterminer les aliments que vous devriez consommer – et ceux que vous ne devriez pas manger, ceux qui se trouvent évidemment être, bien souvent, ceux que vous n’aimez pas.

Les premiers séquençages du génome humain dans les années 2000 ont permis de nombreuses avancées comme la nutrigénétique.

Cette branche récente de la nutrition met en parallèle des facteurs alimentaires/nutritionnels et des mutations ponctuelles génétiques par exemple liés au métabolisme ou sur la survenue de maladies chroniques.

L’alimentation optimale n’est pas la même pour tous puisque nous sommes différents au niveau de notre patrimoine génétique ce qui peut avoir de l’influence dans l’absorption des nutriments, les vitesses de réactions biochimiques ou la présence d’enzyme etc… Le coût du séquençage du génome humain est passé de 100 millions de dollars à environ 100 dollars en 15 ans. Actuellement des sociétés proposent de faire des séquençages génétiques pour voir vos prédispositions à certaines maladies et proposer une nutrition personnalisée.

La génomique nutritionnelle

La génomique nutritionnelle englobe les interactions entre les gènes et les nutriments et leurs effets sur la santé autour de deux branches :

La nutrigénomique désigne les modifications et la régulation de l’expression des gènes impliqués dans le métabolisme et le mode d’action des nutriments par des facteurs nutritionnels. Les nutriments ingérés « allument » ou « éteignent » des gènes.

La nutrigénétique étudie l’influence des variations inter-individuelles de gènes liés aux métabolismes (des mutations hérités ou acquises par exemple dans le cas de cancer) sur des effets nutritionnels (l’absorption des nutriments, le métabolisme…).

Ces disciplines reposent sur ces grandes hypothèses :

  1. Il existe une grande diversité de génomes hérités entre les individus qui explique la diversité de métabolisme et de biodisponibilité des nutriments au sein des gens. Ces variants génétiques hérités modifient l’absorption, le métabolisme des éléments nutritifs et/ou l’interaction moléculaire d’enzymes avec leur cofacteur d’éléments nutritifs et donc l’activité des réactions biochimiques.
  2. Inversement, la nutrition peut avoir un impact sur la santé en touchant l’expression des gènes impliqués dans les voies métaboliques critiques et/ou l’incidence des mutations génétiques.
  3. La disponibilité alimentaire, les choix alimentaires et comportements différent selon la région, des caractéristiques culturelles, socio-économiques.
  4. Le malnutrition peut altérer l’expression génétique et la stabilité du génome (Fenech 2011). On pourrait obtenir une amélioration de l’état de santé si les besoins nutritionnels étaient adaptés à chaque individu en tenant compte de ses caractéristiques génétiques héritées et acquises en fonction du stade de la vie, les préférences alimentaires et l’état de santé.

Le but ultime de la génomique nutritionnelle est de proposer une nutrition optimale personnalisée afin de préserver ou d’améliorer la santé en utilisant le maximum d’informations génétiques, phénotypiques, médicales et nutritionnelles afin de fournir aux individus des conseils hautements spécifiques en matière d’alimentation saine pour eux.

La nutrition personnalisée est applicable à la gestion alimentaire des personnes atteintes de maladies spécifiques ou avec un besoin nutritionnel spécial mais également aux personnes saines.

Les scientifiques sont convaincus qu’avant de faire un régime, il convient d’étudier en détail son profil génétique.

De même pour anticiper la réaction au tabac ou à l’alcool, ainsi que les prédispositions à certaines maladies. Les scientifiques ont présenté leurs recommandations en 100 pages. Il s’agit d’un régime définissant les aliments adaptés à tel ou tel individu, mais aussi expliquant pourquoi certains aliments sont à proscrire.

Et on peut comprendre cette demande dans la mesure où ceux qui ont déjà essayé de perdre du poids savent combien cela est difficile. Ne manger que de la viande, ou, inversement, que quelques légumes, rester le ventre vide et ne boire que de l’eau ou du kéfir… Et pour autant ne perdre que très peu de poids, et parfois même au contraire prendre des kilos supplémentaires. Tout ça parce que chacun est différent, et dispose d’un code génétique unique qui affecte son métabolisme.


Demain, des régimes personnalisés grâce à l’IA

Les recherches ont progressé dans ce domaine, et des entreprises commercialisent désormais des solutions de nutrogénomique, censées nous aider à déterminer les aliments à consommer ou non.

Contre rémunération, ils prélèvent un échantillon de votre salive et vous fournissent une description rudimentaire de votre génome.

Des sociétés comme Habit, embodyDNA et GenetiConcept suggèrent ainsi des repas, des listes d’aliments et des exercices plus ou moins adaptés aux prédispositions génétiques, sur la base de tests ADN salivaires. D’autres, comme Viome, séquencent le génome des selles (microbiote) afin d’identifier les souches de micro-organismes présentes dans l’intestin, et de suggérer un régime individualisé.

Au Canada, Nutrigenomix, lancé par des chercheurs de l’Université de Toronto, propose également des « tests génétiques nutritionnels » (45 gènes pour 300 $) afin de « permettre aux gens de découvrir comment ils métabolisent leurs aliments », afin d’adopter une « alimentation saine », via des « conseils nutritionnels » fournis en aval par des diététiciens, dans des cliniques partenaires.

Outre le fait de maigrir, il s’agit aussi d’éviter des maladies.

Par exemple, les personnes qui présentent certaines variantes du gène CYP1A2 métabolisent lentement le café, ce qui les expose à un risque accru d’hypertension artérielle ou de crise cardiaque lorsque la consommation de caféine est élevée – les tests de Nutrigenomix servent dans ce cadre à leur apprendre que boire du café n’est pas bon pour eux.

Pour élaborer un régime alimentaire vraiment personnalisé, il faudrait rassembler des milliards de données sur chaque personne. En plus d’analyser les 40 billions de bactéries provenant d’environ 1000 espèces qui résident dans nos entrailles.

Pour le moment, les tests génétiques nutritionnels existants ne portent que sur une poignée de gènes, ce qui ne suffit pas à orienter les décisions alimentaires. La nutrigénomique a besoin de l’IA et du Big Data pour être vraiment efficace.


En France, la startup Foodvisor a développé une solution intéressante de « coaching nutritionnel », destinée à pallier les limites des applications qui proposent d’enregistrer les aliments ingérés quotidiennement, et de compter les calories. Elle utilise la reconnaissance d’images et des algorithmes de Machine Learning, afin de proposer une appli via laquelle vous suivez votre alimentation (avec « des informations nutritionnelles », et des « conseils personnalisés de diététiciens ») en prenant simplement en photo le contenu de votre assiette. L’IA apprend à déterminer avec précision ce que l’utilisateur mange, et lui évite ainsi le laborieux enregistrement manuel des données, ainsi que l’utilisation peu fiable de « journaux » alimentaires

Laisser un algorithme nous dire comment manger peut être séduisant : après tout, la puissance du Big Data (des données génomiques, dans notre histoire) et de l’IA pourrait se révéler une alliée précieuse pour notre santé, et pour nous aider à manger différemment – et pas forcément comme nous l’aurions imaginé.


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